D'ici a l'étoile qui paraît...

D'ici à l'étoile qui paraît,
L
e chemin est si long à franchir
Qu
'il a fallu bien des années
A
sa lumre pour venir.

Elle s'est peut-être éteinte avant
D
ans le bleu profond des lointains
Tandis que son rayon ne vient
Briller à nos yeux qu l'instant.

L'image de l'étoile entrevue
Doucement monte au loin.
Vivante on ne la voyait point,
Lorsqu'on la voit, c'est qu'elle n'est plus.

De même, lorsque notre amour meurt
Et qu'il se perd dans la nuit,
La lumière de notre amour mort
Lui survit et nous poursuit.


Eminescu

# Posté le vendredi 28 mars 2008 13:03

chant nocturne d'un berger errant d'Asie

lune, que fais-tu dans le ciel? dis-le moi, que fais-tu,
Lune silencieuse?
Tu te lèves le soir, tu vas
Contemplant lesserts; puis tu te couches.
N'es-tu as encor lasse
De parcourir tes éternels chemins?
Pe
ux -tu rêver encore sans ennuie
De
revoir ces vallées?
Pa
reille à ta vie
Est
la vie du berger.
Dès la blancheur première il se lève,
Et
menant son troupeau par la plaine,
Vo
it des troupeaux encor, des sources, des prairies;
Pu
is las, le soir venu, se couche:
I
l n'a point d'autres espoir.
L
une, dis moi: sa vie,
Q
ue sert-elle au berger?
A
stres, à vous, que vous sert votre vie?
va ma brève errance, dis-le-moi,
o
ù ta course immortelle?

Léopardi [XIXe siècle]
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# Posté le vendredi 28 mars 2008 12:54

La mort

La mort est ici, la mort est là,
La mort s'affaire partout,
Autour de nous, au dedans, au-dessous,
Au-dessus-- et nous sommes la mort.

La mort a posé sa marque et son sceau
Sur tout ce que nous sommes et tout ce que nous éprouvons,
Sur tout ce que nous savons et ce que nous craignons,

D'abord nos plaisirs meurent--et puis
Nos espoirs, ensuite nos craintes-- et quand,
Celles-ci sont mortes, notre dette est échue,
La poussière réclame la poussière -- et nous mourons aussi.

Toutes les choses que nous aimons et chérissons,
Comme nous-même, doivent disparaître et périr;
Tel est le sort cruel des mortels--
Si elles ne le faisaient, l'amour lui-même mourrait.

(1820)
Shelley

# Posté le jeudi 27 mars 2008 14:25

la coccinelle

Elle me dit : Quelque chose
Me tourmente. Et j'aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un
petit insecte rose.

J'aurais dû - mais, sage ou fou,
A
seize ans on est farouche,
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l'insecte à son cou.

On
eût dit un coquillage ;
Do
s rose et tacde noir.
Le
s fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

S
a bouche franche était là :
Je
me courbai sur la belle,
E
t je pris la coccinelle ;
M
ais le baiser s'envola.

- Fils, apprends comme on me nomme,
D
it l'insecte du ciel bleu,
Les bêtes sont au bon Dieu,
M
ais latise est à l'homme.

les contemplations
Victor Hugo(1802-1885)

# Posté le vendredi 07 mars 2008 05:20

le lac

le lac
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans
la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne po
urrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô la
c ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regar
de ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !


T
u mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ai
nsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
A
insi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur se
s pieds adorés.


Un
soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
O
n n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes
flots harmonieux.


Tout à
coup des accents inconnus à la terre
Du
rivage charmé frappèrent les échos ;
Le
flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

"Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Susp
endez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des p
lus beaux de nos jours !


"Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Co
ulez, coulez pour eux ;
Pre
nez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

"Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le
temps m'échappe et fuit ;
Je
dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va
dissiper la nuit
.

"
Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L
'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il
coule, et nous passons !"

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l
'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'e
nvolent loin de nous de la même vitesse
Qu
e les jours de malheur ?


Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quo
i ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce t
emps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne
nous les rendra plus !


Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que
faites-vous des jours que vous engloutissez ?
P
arlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?


Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vo
us, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gard
ez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au
moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
B
eau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et d
ans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui
pendent sur tes eaux.


Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De
ses molles clartés.


Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Q
ue les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout
dise : Ils ont aimé !

Méditations poétiques
Lamartine (1790-1869)
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# Posté le vendredi 07 mars 2008 05:06